Ok, il ne s'appelait pas vraiment Robert... mais c'est dans la veine de Gégé, et ça me permettra d'éviter tout procès en diffamation...
Un samedi soir donc, j'ai rendez-vous avec un amoureux transi que j'envisage de quitter le soir même - notez que nous n'en sommes qu'au 4ème RDV - et ce, le plus diplomatiquement possible ("Ecoute... ça va pas le faire...") ...
Ayant perdu énormément de temps à choisir la tenue adéquate ("jolie mais pas trop", "sobre mais pas enterrement non plus"...), ainsi qu'à consulter les plans de métro pour définir le trajet le plus rapide, je me décide finalement à prendre un taxi - quitte à briser un coeur, autant arriver à l'heure...
Je tombe donc sur Robert, chauffeur plutôt sympathique, qui me demande si je vais à un RDV galant (je dis "oui" pour m'en débarrasser) et n'hésite pas à me proposer un bonbon ("prenez un bonbon Emile..." après coup, je me demande si je n'aurais pas du me vexer...). Bien, jusqu'ici tout va bien...
Nous arrivons au rond-point Place d'Italie (j'ai rendez-vous à Denfert)... et mon chauffeur est au téléphone depuis 5 bonnes minutes, QUAND SOUDAIN....
... nous nous faisons arrêter par la police.
Homme habile, mon chauffeur lâche son téléphone qui tombe directement entre les 2 sièges... La jeune policière sympatoche, mais gardien de la paix avant tout, lui signale :"Désolée monsieur, nous vous avons vu en train de téléphoner, ça fera (je ne sais plus combien) d'€ d'amende". Là, contestation de mon chauffeur "Mais non, je téléphonais pas! Je vous jure blablabla", le tout pendant une dizaine de minutes... jusqu'à la phrase fatidique :
"Demandez à la jeune fille derrière!" ...
"Mademoiselle?". Hum... prise d'un instinct d'écolière complice ("en même temps, il m'a offert des bonbons juste avant...") je murmure un "euh... non, j'ai pas vu qu'il téléphonait..."
Grand sourire triomphant de mon taxi, et regard accusateur de la policière : "Mademoiselle, vous savez que si vous mentez, vous devenez coupable de complicité?". "Monsieur, Puisque vous vous refusez à payer, cette affaire va se régler au tribunal. Et arrêtez le compteur s'il vous plaît". (car pendant ce temps, il tournait...)
De là s'ensuit une dispute à coups de "Monsieur, vous êtes passés dans le rond-point devant une terrasse de café ou une dizaine de mes collègues vous a vu! Vous confirmez que vous n'étiez pas au téléphone?" (merde, je l'avais pas vu venir celle-là...) et de "Madame, ce que vous faites est illégal!! La police n'a pas le droit, à l'échelle européenne, j'ai le droit de téléphoner!! Et de toutes façons, je m'en fous d'aller au tribunal, J'AI UN TEMOIN!!" (hum, celle-là non plus...)
Bref, prise dans un tourment pas possible "mais comment tout cela va-t-il finiiiiiir???", je réfléchis aux moyens d'expliquer mon retard à ce pauvre biiiiiiiiiip qui m'attend seul dans un café et qui ignore encore son destin... et là, je vois ma vie défiler devant mes yeux et je suis assaillie de questions (lol) : pourquoi j'ai voulu prendre ce taxi? et si je n'avais pas accepté ce bonbon...? pourquoi-pourquoi tout ça n'arrive qu'à moi? est-ce qu'il va me croire quand je vais lui expliquer pourquoi je suis en retard? (pr info, je ne pense pas qu'il m'ait crue un seul instant...) comment le quitter après ça? le destin m'envoie-t-il un signe??
En réalité, tout s'est fini sur un acte d'une extrême lâcheté de ma part... (mais non, je l'ai pas dénoncé!! encore que, quand je l'ai vu s'empêtrer dans ses discours sur l'Europe, je me suis dit qu'il me faisait perdre toute crédibilité...)
En fait, après avoir murmuré un "bon, moi je vais ptêtre y aller...", la policière - devenue moins sympatoche tout d'un coup - dit au taxi d'y aller en lui remettant un papier, j'imagine une sorte de procès verbal, et en lui signifiant que comme il avait refusé de payer il recevrait d'ici quelques jours une convocation au tribunal. Ce à quoi, le chauffeur, toujours très à-propos, a répondu en gueulant "J'm'en fous! J'connais des gens moi! Je vais le faire sauter ton PV!!".
S'ensuit un moment de blanc en tête-à-tête jusqu'à Denfert, où je me commence à me
demander s'il va me faire payer les 25€ au compteur pour se rembourser une partie de l'amende... Arrivés là-bas il m'annonce, grand prince, 20€ : "Bah oui, quand même, je vais pas vous
faire payer la totalité...". J'avoue que je suis totalement outrée mais que j'ai envie d'en finir au plus vite et de rejoindre ce pauvre biiiip. Et là, 2ème moment fatidique : le
taxi me demande mon numéro de téléphone et mon nom, pour pouvoir m'appeler si jamais il est convoqué au tribunal... La porte entrouverte, je lui lance à toute vitesse, "Emilia, 06 19 61 03
89" (numéro qui n'est évidemment pas le mien...) et je pars en claquant la porte... (no judgement!!)
Pour l'anecdote, je n'ai bien évidemment pas réussi à quitter biiip ce soir-là, parce que, pour rajouter à ma soirée... il avait une allergie qui le faisait pleurer et se moucher sans interruption. Je n'ai pas eu le coeur, après qu'il m'ai demandé "tu aurais un autre mouchoir s'il te plaît...?", de lui dire "Au fait....".
A suivre, Gaspard, le taxi raciste...
EL